Vendredi 1 février 2008
Je suis ingénieur informaticien. Et il est arrivé que je mène des projets d’automatisation. La conséquence de ces projets a pu être une réduction d’effectif. Le modèle économique qui justifie ce genre de projet est en effet : « Coût de gestion non automatique > Coût de gestion automatisé + coût du projet actualisé ». Si la justification économique existe, la question morale se pose. Il existe sans doute des chefs de projet informatique qui la néglige. Je l’ai affronté.
 
En premier lieu, je dois indiquer que les « projets d’automatisation » sont plutôt rares. La plupart des projets informatiques sont des composites genre « usine à gaz » où la raison d’être du projet est assez absconse. On pourra trouver des raisons réglementaires, l’espoir de développer les « ventes », l’augmentation de qualité, l’obligation technique (« c’est plus maintenu »), le fait de trouver une solution parce que l’expert part à la retraite, la réduction des coûts (parmi lesquels les coûts salariaux ne sont qu’une composante)… Bref, c’est rarement aussi limpide que l’inégalité citée plus haut et le cas de conscience ne se pose pas si souvent. Mais il y a des cas où le problème se pose vraiment.
 
Mon point de vue est que c’est une affaire d’accompagnement. Si le « changement » que cela représente est vraiment géré humainement, alors il n’y a pas de problème moral. Je vais citer quelques arguments.
 
On peut tout d’abord considérer que l’organisation en question (l’entreprise mais c’est aussi valable pour des administrations ou des associations) doit rester compétitive. Il faut bien rester à niveau, sinon, c’est toute l’organisation qui est en péril. « Se couper un doigt plutôt que de perdre la main ».
 
Ensuite, les projets d’automatisation s’appliquent à des taches répétitives et « à peu de valeur ajoutée ». C’est vrai parce que les tâches « complexes » s’automatisent mal voire pas du tout : en tout cas le retour sur investissement dans ces secteurs est médiocre. En conséquence, c’est faire disparaître des taches fastidieuses et ingrates dont il s’agit. Cette considération à 2 facettes. On peut considérer que l’existence de ces taches était « indigne » et que leur disparition est une bonne chose. On peut en retour penser que les gens qui exécutaient ces tâches n’avaient pas le niveau pour faire autre chose. Ce dernier point de vue est pessimiste sur les capacités d’apprentissage humain. En définitive, je pense que la réponse est au niveau global : il s’agit de la transposition sur le plan « culturel » du gain économique. Le temps humain gagné peut être utilisé à des sujets plus élevés culturellement.
 
La gestion humaine du changement c’est de ne laisser tomber personne. Dans une grosse organisation, il est possible de trouver une place à tout le monde. Par exemple, la gestion automatisée pourra avoir besoin d’un suivi. Finalement, il est possible de dégager des places « plus intéressantes ». Pour cela, il faut former. Gérer le changement, c’est aussi anticiper, donner du temps, informer. Les changements sont vécus douloureusement lorsque cela n’est pas correctement traité. Ce n’est plus de l’informatique.

par thidgr publié dans : Economie
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