Mardi 4 décembre 2007
S’il y a une chose qui est frustrante, c’est d’avoir eu raison contre la décision prise. C’est plus que frustrant. C’est aussi inutile. Pire, c’est dangereux. En effet, si ce
constat est exact (l’erreur était une erreur et nous avions raison), ceux qui se sont trompés ne pardonnent pas les autres d’avoir eu raison. On retrouve cette idée dans l’un des tomes de Harry
Potter. On peut la constater par exemple sur l’attitude des américains va-t-en guerre vis-à-vis des français « dissuasifs » sur la guerre en Irak. Bref avoir eu raison est en général
parfaitement négatif.
Il y a des cas où il vaut mieux avoir tort avec tout le monde qu’avoir raison tout seul. C’est le cas dans certain choix d’achat. En effet, pour une entreprise, si tout le monde se
trompe, il n’y a pas d’effet concurrentiel. Par contre, si l’on a fait un choix isolé, on risque de se confronter à la défaillance de notre fournisseur. Plus individuellement, le décideur
« qui s’est planté » pourra toujours faire valoir qu’il a fait comme les autres. Bref, le comportement moutonnier a de belles perspectives.
Exceptionnellement, il faut avoir raison contre tous. L’exemple le plus fragrant est le domaine des marchés financiers. Mais tout est une question de timing. Il faut avoir raison
juste avant les autres.
L’un des domaines les plus défriché est « l’argumentaire a posteriori ». Cela consiste à « prouver » « qu’on l’avait bien dit ».
L’exemple que je préfère est celui des prédictions réinterprétées. Et le cas le plus spectaculaire est Nostradamus. Acte 1 : Nostradamus écrit un charabia parfaitement
abscons. Acte 2 : un événement se produit. Acte 3 : un gourou interprète l’un des éléments du charabia comme la prédiction de l’événement. C’est impossible à contrer.
Tout le monde n’a pas la notoriété de Nostradamus ni ne peut se permettre d’écrire des trucs aussi incompréhensibles. Et puis, Nostradamus n’est pas le véritable bénéficiaire du
tour de passe de passe, alors que l’on peut vouloir en tirer bénéficie tout de suite. Il y a plusieurs solutions.
La première est de dire beaucoup de choses : tout et son contraire et au delà. Ne pas avoir de souci de cohérence. C’est la méthode brownienne. Il est clair que dans tout ce
que l’on a dit il y bien quelque chose qui s’avèrera exacte. Alors on se focalisera sur cette partie : tous les projecteurs braqués dessus. Il s’avère que cela marche plutôt parce que rares
sont les personnes qui s’offusquent des incohérences et rares sont celles qui gardent des archives.
La deuxième solution est le discours ambigu. Selon ce qu’il advient on relit ce discours dans le sens positif. L’essentiel avec cette méthode c’est de maîtriser la communication.
Avec beaucoup d’aplomb, on fait passer le truc.
La méthode la plus radicale est de réécrire l’histoire. Cela va jusqu’à falsifier les archives (confère 1984 de G Orwell). Ce n’est pas à la portée de tout le monde. Curieusement,
il est possible que la numérisation de l’information rende cette technique plus facile qu’avant. Ceci malgré l’augmentation considérable de la quantité d’information.
Il peut être étonnant que cette pratique soit répandue alors que j’ai indiqué en préalable que c’est plutôt inutile. En fait, ceci ne correspond pas à des cas où l’on avait
vraiment eu raison. Ceci se rapporte à des cas où l’on veut faire croire que l’on avait eu raison. On veut le faire croire non pas pour une reconnaissance « historique » mais pour en
tirer un bénéfice dans le futur.
Le premier type de bénéfice est de se disculper (d’une erreur réellement commise).
Le second type de bénéfice est la notoriété (j’avais raison, j’ai toujours raison, je suis le plus fort, faites confiance en moi, votez pour moi, achetez mes produits…)
par thidgr
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Errements
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