Je ne sais pas pour vous, mais pour moi les « débats » actuels m’indiffèrent. C’est surtout vrai à la télévision, mais cela reste valable à la radio, dans une
« salle ». Que le débat soit « temps réels » ou étalé sur plusieurs semaines (comme une campagne électorale). Il y a peut être une exception : la page
« Pour/contre » qui apparaît parfois dans le monde.
J’ai écrit « m’indiffèrent ». A la vérité, c’est plutôt de l’irritation. Ces débats sont cacophoniques, ils n’éclairent pas et engendre de la confusion. Ces débats posent
généralement mal le problème. L’argumentation n’a généralement pas le temps de se développer, on « papillonne ». Les rares amorces d’argumentation sont bancales. Souvent, c’est plus une
mise à mort qu’un combat égal. Bref, il y a débat. Parfois on peut le qualifier de débat intellectuel. Mais la logique est absente : nous sommes dans l’irrationnel. En pratique, les
communiquants ont compris depuis longtemps que l’émotion est bien plus puissante que la raison.
Cette situation est encore malheureusement valable sur internet (forum, chat, commentaires de blog).
On songe au mythe des débats du siècle des lumières. Ils sont présentés comme équilibrés, rationnels, policés. J’ai des doutes sur la réalité de cette histoire. J’imagine que des
intérêts particuliers devaient entrer en ligne de compte. Je constate la puissance de l’ironie pour « tuer » l’adversaire : or l’ironie n’est pas particulièrement une démarche
rationnelle et posée.
Au final un débat « idéal » semble utopique. Sans doute que la difficulté vient déjà de l’idée de débat. Le débat c’est presque un combat. Pourquoi tous les coups ne
seraient-ils pas permis ? Qui peut faire l’arbitre ? Qui fixe les règles ? Le débat c’est aussi une confrontation, une opposition : il s’agit d’une opposition de thèses. On
peut supposer qu’il y en a que deux « en lice ». Et bien une difficulté est que généralement les 2 thèses ne sont pas généralement pas des oppositions logiques (« A » et
« non A »). Parfois, le « médiateur » force la simplification « pour ou contre l’Europe » (et non pas eurpe de type A, de type B, …) pour ramener le débat à une
opposition logique. Ce faisant, il dénature la thèse d’au moins un débateur, bref il fausse le débat.
Si écarte le coté « guerrier » de la confrontation, on peut par exemple imaginer un débat « intérieur » : on joue donc 3 rôles : le débateur 1, le
débateur 2 et l’arbitre. On a le plan classique des dissertations « thèse, antithèse, synthèse ». C’est une démarche scolaire qu’il est difficile d’appliquer couramment. Il est
impossible de jouer les rôles en même temps, cela ne peut être que successivement. L’examen des 2 thèses apporte argumentation, données (exemples, chiffrages), « raisons » (causes,
contraintes, apports). Dit autrement, cela s’apparente à une démonstration : les hypothèses (les raisons + les données), la démonstration (l’argumentation) et la conclusion (la thèse). Si la
démonstration est valide et si l’on partage les hypothèses alors on doit admettre la conclusion. Lorsque l’on passe en revue les hypothèses, il y en a de plutôt factuelles (les exemples, les
chiffrages, les contraintes, les causes) que l’on peut vérifier et des hypothèses subjectives (les motivations, les « valeurs », les objectifs).
Si l’on transpose un tel débat intérieur sur la place publique, pour être efficace, il faudrait donc retrouver tout cela pour chaque thèse:
- Des hypothèses factuelles vérifiables.
- Des hypothèses subjectives explicites.
- Une démonstration valide.
- Une thèse complètement formulée qui apparaît comme le produit
de la démonstration.
Alors, tout un chacun pourrait mener sa synthèse. Qui a envie de s’ennuyer avec tout cela ? On préfère généralement le combat dans l’arène : si possible dopé à
l’émotion.
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