Lorsque l’on juge quelqu’un ou un fait, le défenseur tente parfois de se justifier en prenant des comparaisons ailleurs (les autres on fait pire). Je me souviens qu’étant verbalisé
pour avoir circuler sur un couloir d’autobus, je faisais remarquer à l’agent les différentes voitures qui passaient dans le même couloir pendant qu’il rédigeait le PV. Evidemment cela n’a
rien changé.
La position de « l’autorité » (le juge, le prof, le parent, l’agent) est qu’il ne s’agit pas de tout mélanger et qu’il s’agit de traiter « l’affaire » et non
pas ce qui se passe ailleurs.
Cette position est compréhensible. Il s’agit de ne pas être « hors sujet ». Et puis, le temps du jugement est nécessairement limité : il est impossible de procéder
au recensement de toutes les affaires analogues pour pouvoir comparer. Enfin, s’il existe des exemples en faveur de la personne jugée, il existe sans doute des cas en défaveur.
Pourtant, il est illusoire de croire que le jugement puisse faire abstraction de ce « qui se passe ailleurs ». L’événement à juger se passe « dans le monde »,
son interprétation nécessite les références culturelles ad hoc. La « pesée » de cet événement implique nécessairement des comparaisons.
En fait, ce que se refuse « l’autorité » c’est de « peser » une autre affaire. Mais si elle a déjà été pesée, alors la comparaison peut être faite : c’est
la « jurisprudence ».
L’autorité accepte la référence à d’autres jugements justement parce que cela renforce son autorité : on reste dans la même sphère « d’autorité de
jugement ».
Elle reste bien « hors du monde », mais elle accepte quelques « fenêtres » : les cas déjà jugées. C'est-à-dire dont la description a déjà été virtualisée
dans son monde imaginaire du « jugement ».
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