Vendredi 9 mai 2008

Dans les raisonnements produits ici ou là,  les « tentatives » d’explication, je suis frappé par le fait que l’on suppose souvent que la cause d’un effet est unique. Je vais approfondir cette considération.

 

Il y a tout d’abord le schéma "cause => effet".

Ce schéma « général » est loin d’être anodin. Causes et effets sont des concepts assez vague. On peut dire qu’ils nécessitent d’être catégorisés (causes et effets physiques, Causes psychologiques, logiques, …).

Il me semble que l’enchaînement se subdivise en 2 cas : celui où « cause et effet » font partie de la même catégorie (du même « univers ») et celui où ils ne font pas partie de la même catégorie (il y a « migration » de la causalité).

 

Les sciences physiques s’intéressent aux causalités « du monde physique ». Il se trouve que cette science construit des concepts abstraits (un champ de force par exemple). Le fait que le concept soit abstrait n’interdit pas de l’inclure dans le « monde physique ». Les sciences physiques s’occupent dont de trouver les liens de causes à effet dans ce « monde physique ».

C’est une simplification importante. Pourtant est-on assuré que le lien impose une seule cause ?

 

Il me vient à l’esprit le principe du « rasoir d’Occam » qui milite pour une « économie » des hypothèses.

Ce principe est important. Il est louable (peut être pas infaillible). Il tend à réduire les hypothèses mais pas à les réduire à une seul cause.

 

Souvent les comparaisons sont faites « toutes choses  égales par ailleurs ». C’est un moyen descriptif. Mais c’est une simplification drastique : en pratique les choses ne sont jamais complètement égales (on ne se baigne pas 2 fois dans le même fleuve).

 

Pour mener des expériences et faire des mesures, on simplifie terriblement l’environnement. On cherche à contrôler tous les paramètres. A la limite on souhaite une simple relation entre grandeurs A et B : on aime alors avoir une « loi de relation » mathématiquement outillée (linéaire, logarithmique, double logarithmique, sinusoïdale, ).  Ce faisant on maitrise les choses, on peut mener des calculs, on a l’impression d’avoir « expliquer » ce qui se passe.

 

Il ressort de ces considérations que l’unicité de la cause est plus un produit de la démarche explicative qu’une réalité préalable.

Il est des cas où 3 grandeurs A, B, C peuvent être reliés par une équation de type f(A,B,C)=0. Par des procédés mathématiques, on peut généralement changer de grandeurs et obtenir 2 « lois » du type B’ = g(A’) et C’= h(A’). Ce sont des considération « d’utilisation pratique » qui priment ici (on pourra aussi parler « d’élégance »).

 

Le fait d’abstraire de la totalité de l’univers la toute petite proportion que l’on nomme « effet » est aussi un choix arbitraire effectué « pour pouvoir en causer ». Outre son caractère arbitraire, cette extraction présente les inconvénients suivants : elle ne retient qu’une toute partie du « réel » (et oublie le reste), elle se traduit par une projection (en valeurs numériques ou en mots) qui est déformante.

Les mêmes considérations s’appliquent à la « cause ».

 

On voit donc que « l’unicité de la cause » n’est certainement pas une donnée du monde « réel ». Elle apparaît comme une tendance du « discours explicatif » : faire plus simple plus économe.

Cette tendance peut s’appuyer sur des techniques de décomposition (analyse logique mais surtout les techniques de décomposition des mathématiques). Il n’est pas certains que dans ce discours explicatif, les techniques de décomposition puissent toujours ramener à un système de causalité unique (il s’agit là d’un problème mathématique).

Surtout, l’obligation d’abstraire du réel pose un problème plus important encore. Pour trouver des causes uniques, on risque de simplifier outrageusement « le réel » et donc de passer à coté de l’essentiel.

 

Ces considérations ont été faites en pensant aux « sciences physiques ». Le problème est sans doute encore plus vif dans les autres domaines « où l’on veut trouver des raisons ».

 

J’en conclus que le présupposé de la « cause unique » est une erreur importante. Il faut admettre la causalité multiple : B <= (A1,A2, …An). « B est causé par les conjonctions des Ai ».

 

L’étape suivante est l’introduction de la contrainte de déterminisme. En effet, si les Ai « expliquent » le pourquoi de B, on aimerait bien prédire le fait « si je m’arrange pour avoir les Ai alors j’obtiendrais B ».

Sans cette contrainte, l’explication ressemble plus à une fable.

 

Pour des raisons pratiques, on ne peut pas étendre la liste des Ai à l’infini. Or potentiellement « tout agit sur tout ». On peut donc imaginer de scinder les Ai en 2 : les causes (Ci) et l’environnement lointain (Ei). Cet environnement lointain étant alors supposés avoir « peu d’effet » : c'est-à-dire que malgré tout ce qui peut s’y passer, il est quasiment (mais pas totalement) négligeable. En pratique, on peut le considérer comme une seule entité E, de nature aléatoire.

 

par thidgr publié dans : Errements
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