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27 décembre 2006 3 27 /12 /décembre /2006 09:02

Après un premier article sur la monnaie, il est temps de « penser la monnaie ». 

Il faut commencer par reconnaître que c’est une des inventions majeures de l’humanité. 

Il faut aussi bien prendre conscience que c’est un enjeu de pouvoir. Le fait de contrôler la monnaie n’est pas anodin.

Imaginons… Je suis un banquier, et hop je m’accorde un prêt. Moi individu, je peux disposer à ma guise de ces valeurs. Vis-à-vis de mon créancier (la banque), le peux toujours user de cavalerie (réemprunter pour rembourser). En définitive, c’est un peu comme le loto. Evidemment, le « système » possède des contrôles et cette pratique imaginaire ne peut pas se produire telle quelle. Toutefois, la transposition est possible. Par exemple, si l’on voit comme débiteur l’état, ce scénario n’est pas très éloigné.

On pourrait aussi imaginer que les internautes du monde entier adopte un système monétaire nouveau basé sur des échanges internet. Il pourrait être valable pour « payer » des échanges internet » ou même des échanges hors internet. Un tel système reste à décrire. Si un tel système voyait le jour, il serait hors la loi dans beaucoup de pays.

Enjeu de pouvoir. Pourtant ce pouvoir réside dans la confiance des participants au système. On est donc au cœur d’une question démocratique.  

La monnaie est une invention majeure dont le succès est inquiétant. Par rapport à ce ressenti, je vais examiner les 3 fonctions de la monnaie. 

Ce n’est pas le moyen d’échange qui pose problème : les contempteurs du mercantilisme ne visent pas l’échange mais sa monétarisation : le fait de faire de tout une « marchandise ». Pour eux, ce qui pose problème ce n’est pas l’échange mais la propriété (le fait que certaines choses puissent devenir propriété) : cela sort de mon sujet. Donc la fonction d’échange n’est pas la cause de l’inquiétude. 

Les ennemis du capitalisme visent la fonction de valeur de réserve. Cette caractéristique permet en effet l‘accumulation de valeur et permet la constitution du capital. Ce qu’ils veulent dire c’est que cette accumulation par les uns et non par les autres est un moyen d’amplifier les inégalités. Je ne partage pas ce point de vue : d’une part, les inégalités n’ont pas attendu la monnaie pour exister, d’autre part l’accumulation de valeurs de réserves n’a pas besoin de la monnaie, enfin le capital n’est pas une mauvaise chose en soi. Creusons encore.  La notion de valeur de réserve implique la notion d’inflation et de taux d’intérêt. Je ne vois pas de problèmes fondamentaux là dedans. En fait, ce qui est en jeu c’est la nécessité de prévoyance : si certains étaient un peu plus fourmi et un peu moins cigale… 

Ce qui me semble poser problème c’est la troisième fonction de la monnaie : à savoir la fonction d’unité de compte.

Je rappelle que c’est cette fonction qui a permis le développement foudroyant de la masse monétaire du 20ème siècle (qui se poursuit encore).

On remarquera que cette fonction d’unité de compte est limitée par le fait qu’il existe plusieurs devises dans le monde. Le « comptage » doit donc se faire dans une devise donnée. Si besoin, on valorise en utilisant un taux de change. Les taux de change évoluent et tout cela nuit à l’efficacité. Mais il n’y a finalement que très peu de devises différentes et cette limite n’est pas un gros obstacle à la fonction d’unité de compte de la monnaie. 

La monnaie sert à compter beaucoup de choses différentes : la valeur d’un stock, un revenu, une taxe, une valeur ajoutée, un cours de valeur mobilière, un compte de résultat, un compte de bilan, un PNB, un solde des échanges extérieurs… Je pose 2 questions. Premièrement, est-ce que cet usage généralisé n’est pas dangereux ? Deuxièmement, est-ce que cet usage est toujours légitime ?

Le danger vient du fait que tout valoriser selon la même unité revient à réduire drastiquement la complexité des choses. Tout se ramène à une seule dimension. C’est une simplification radicale. La « novlangue » de G Orwel est largement dépassée ! Tout ce ramène à un seule question : « combien ? ». Une grandeur à une dimension permet d’établir une relation d’ordre totale sur cette grandeur. De total à totalitaire…

Je pense véritablement qu’il y a danger. Ce danger vient aussi du caractère fallacieux de l’usage hégémonique qui est fait de la monnaie.

On peut considérer que les « choses » qui sont évaluées en monnaie possède un nombre important de propriétés. On peut « imaginer » l’ensemble de ces choses comme un nuage de point dans un espace à « plein de dimension ». L’approche statistique de ces situations s’appelle « l’analyse en composante principale ». C’est elle qui est pertinente pour comparer ces « choses ». Mais elle est difficile et elle n’est généralement pas faite. A la place, l’usage immodéré de la monnaie consiste à fournir un axe particulier : celui de la valorisation monétaire. Or il semble assez improbable que cet axe particulier soit cohérent avec le premier axe de composant principale. Cette vision monétariste fausse donc la représentation de ces « choses » : il n’est pas « pertinent ».

Une autre réflexion porte sur le caractère additif de la monnaie. On dit à juste titre que l’on ne peut pas ajouter des choux et des carottes, peut on réellement ajouter du crédit à du crédit ?

On a vu que la monnaie c’est du crédit. Mais plus finement c’est le crédit de A vers B à un instant t. En voilà plein de paramètres ! Le fait fondre cela dans un concept unique est un tour de force génial mais ce n’est qu’une approximation. Cette approximation reste sans importance lorsque l’on reste « petit » mais je crois que ce n’est plus le cas lorsqu’on l’on manipule des grands montants. Par analogie, on peut penser à la mécanique newtonienne par rapport à la mécanique relativiste.

Dire que le PIB est la somme des valeurs ajoutées produits par les acteurs intérieurs est une définition qui permet un calcul, mais ce calcul n’a pas vraiment de sens. Surtout la comparaison de PIB entre pays est largement sans fondement. En effet, le même « acte » (par exemple, la vente d’une bouteille de Coca Cola) aura une valeur ajoutée de 1 euro en France et de 0,10 centimes d’euro en Chine. Si le PIB n’était fait que de ventes de bouteilles de Coca Cola, pour la même quantité vendue, la somme serait 10 fois moindre en Chine qu’en France. Ce calcul est donc insensé.

L’origine du problème vient de la valorisation. Si au cours d’une transaction donnée, les 2 parties sont d’accord pour échange un bien ou un service contre une valeur monétaire X (encore que souvent l’une des 2 parties n’ait pas vraiment le choix), c’est un constat à un instant t. Cette « échange » dépend de 4 paramètres : la partie A, la partie B, la date t, le bien ou service X. En Mathématique on a une fonction à 4 paramètres dont l’une des valeurs est justement le montant de l’échange. Que signifie « faire la somme de 2 montants » dans ce contexte ?

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