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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 08:54

En ce temps d’élections européennes, voici revenir l’idée mythique qui veut que « l’on ne peut pas se passer de l’Europe ».

 

Je passe sur la métonymie qui fait dire « Europe » en place d’ « Union Européenne » (et avant CEE voire CECA), quoique celle-ci ne soit pas anodine dans les questions sur les limites territoriales et la question de l’adhésion de la Turquie voire de l’Ukraine (je suis étonné d’entendre que les préjugés font que  l’Ukraine aurait vocation à entrer et pas la Turquie).

 

En France, depuis que je suis tout petit, j’entends un discours comme quoi « l’Union Européenne c’est bien ». Après y avoir longtemps cru, j’ai réalisé (en 2005) que c’était un mensonge.

 

Les arguments en faveur de l’UE sont de 2 catégories. La première relève des qualités intrinsèques à l’UE pour les citoyens européens donc français et la seconde tient aux bénéfices que retire la France de la participation à l’UE.

 

Commençons par la seconde catégorie.

En effet, il est patent  que la France « toute » seule pèse et pèsera de moins en moins dans le monde (si en termes territoriaux c’est stable, la part de sa population et celle de son PIB baissent – de plus le poids militaire, scientifique, culturel, civilisationnel va en diminuant aussi).

Je signale toutefois que du fait de la zone francophone, l’influence de la francophonie n’est pas en baisse (mais la zone francophone ce n’est pas la France même s’il n’est pas interdit à la France d’en tirer profit à condition de savoir comment faire).

Au contraire, le périmètre de l’UE (partir du périmètre actuel) est très important dans le monde et continuera à l’être dans le futur.

Donc la participation à l’UE nous permet de continuer peser CQFD.

La démonstration n’est imparable qu’en apparence. Tout le problème est dans le « nous ».

Il est inéquitable, illusoire et ridicule de croire que la participation à l’UE permet à la France de peser dans le monde maintenant et dans l’avenir (ce qui est parfois dénommé « la France en plus grand »).

Inéquitable, parce que la France représentant 1/28 des pays, grosso modo 1/6 de la population et environ 1/5 du PIB, ne peut pas prétendre diriger. D’autant que nous avons des principes d’égalité. Donc nous (=la France) ne pouvons pas prétendre peser plus que cette part, c’est-à-dire minoritaire et même très minoritaire.

Illusoire, car en imaginant une prééminence de la France, cela suppose que les autres nous la laissent. Si, par le passé, l’UE a été tiré par le couple franco-allemand cela relève plutôt d’une charge. C’est à dire qu’il nous faut mettre plus au pot pour intéresser les autres. En définitive, nous devons payer pour être suivi. Je laisse de côté le fait que nous n’en avons plus les moyens. Cette situation montre que ce n’est pas nous qui pesons mais les autres par leur simple inertie. En fait, nous avons moins de pouvoir que notre poids relatif.

Ridicule, parce que cela relève de l’antique orgueil français qui se croit encore être le pays « nombril du monde ». Qui voyage un peu à l’étranger constate bien que les étrangers n’ont pas les yeux rivés sur la France. Nous avons au mieux une indifférence polie au pire une haine ou du mépris.

Donc la création de l’UE permettra aux dirigeants de l’UE de peser dans le monde. Il apparait alors 2 questions liées. Qui sont/seront les dirigeants de l’UE ? Peser dans quelle direction ?

La réponse à la première question est peu limpide. En pratique, nous avons affaire à un agglomérat d’entités. Nous avons évidemment la Commission Européenne (surtout son commissaire au commerce qui est le représentant dans les négociations commerciales et à l’OMC), les gouvernements des pays (en pratique essentiellement de l’Allemagne), la BCE, la cour de justice Européenne, mais aussi en pratique les lobbyistes de toutes sortes parmi lesquels figurent des intérêts américains. On a encore l’OTAN du fait de la participation à l’OTAN de tous les pays de l’UE et du fait de la dépendance de la quasi totalité d’entre eux à l’OTAN en ce qui concerne leur défense. Là encore, les intérêts de l’OTAN sont essentiellement américains.

Dans la liste des entités qui gouvernent l’UE, je place en dernier le parlement européen : on ne pas dire qu’il ne sert absolument à rien mais son rôle est tout à fait marginal.

En dressant cette liste, on peut répondre à la seconde question. L’UE pèse dans l’intérêt des entités qui la gouverne. On voit que cela ne donne pas dans une direction très claire. On voit surtout que cela pèse très marginalement dans l’intérêt des populations européennes.

Donc la construction de l’UE a fait naître un machin puissant, tiraillé par des forces hétéroclites », très peu contrôlés démocratiquement, qui sert notamment aux intérêts américains.

En tout cas, cela ne me sert que très peu à moi en tant que Français, Européens ou plus généralement à la France.

Voilà un premier argument démonté.

 

 

L’autre aspect de la justification de l’UE serait qu’il y aurait des qualités intrinsèques à celle-ci. Je vais d’abord tenter  d’en dresser une liste.

Pour information, ci-après la copie du préambule du « Traité de l’Acte unique Européen (Maastricht) » [pour ce besoin, c’est celui qui fait l’affaire, le traité de Lisbonne n’ayant fait que des modification plus en aval]

http://www.cvce.eu/education/unit-content/-/unit/8095e461-016b-4aa1-9b28-2e942561de63/ddec08cb-09f4-4bce-850f-ad686feb29f8/Resources#972ccc77-f4b8-4b24-85b8-e43ce3e754bf_fr&overlay

« ANIMES de la volonté de poursuivre l’œuvre entreprise a partir des traités instituant les Communautés européennes et de transformer l'ensemble des relations entre leurs Etats en une union européenne conformément à la déclaration solennelle de Stuttgart du 19 juin 1983,

RESOLUS à mettre en œuvre cette union européenne sur la base, d'une part, des Communautés fonctionnant selon leurs règles propres et, d'autre part, de la coopération européenne entre les Etats signataires en matière de politique étrangère et à doter cette union des moyens d'action nécessaires,

DECIDES à promouvoir ensemble la démocratie en se fondant sur les droits fondamentaux reconnus dans les constitutions et lois des Etats membres, dans la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la charte sociale européenne, notamment la liberté, l’égalité et la justice sociale,

CONVAINCUS que l'idée européenne, les résultats acquis dans les domaines de l'intégration économique et de la coopération politique ainsi que la nécessité de nouveaux développements répondent aux vœux des peuples démocratiques européens pour qui le Parlement européen, élu au suffrage universel, est un moyen d'expression indispensable.

CONSCIENTS de la responsabilité qui incombe à l'Europe de s'efforcer de parler toujours davantage d'une seule voix et d'agir avec cohésion et solidarité afin de défendre plus efficacement ses intérêts communs et son indépendance, ainsi que de faire tout particulièrement valoir les principes de la démocratie et le respect du droit et des droits de l'homme, auxquels ils sont attaches, afin d'apporter ensemble leur contribution propre au maintien de la paix et de la sécurité internationales conformément à l'engagement qu'ils ont pris dans le cadre de la charte des Nations Unies,

DETERMINES à améliorer la situation économique et sociale par l'approfondissement des politiques communes et par la poursuite d'objectifs nouveaux et à assurer un meilleur fonctionnement des Communautés, en permettant aux institutions d'exercer leurs pouvoirs dans les conditions les plus conformes à l'intérêt communautaire,

CONSIDERANT que les chefs d'Etat ou de gouvernement, lors de leur Conférence de Paris des 19-21 octobre 1972, ont approuvé l'objectif de réalisation progressive de l'Union économique et monétaire,

CONSIDERANT l'annexe aux conclusions de la présidence du conseil européen de Brême des 6 et 7 juillet 1978 ainsi que la résolution du Conseil européen de Bruxelles du 5 décembre 1978 concernant l'instauration du système monétaire européen (SME) et des questions connexes et notant que, conformément à cette résolution, la Communauté et les banques centrales des Etats membres ont pris un certain nombre de mesures destinées à mettre en œuvre la coopération monétaire. »

Donc voici une liste de qualités intrinsèques.

 

Paix intérieur/extérieur.

L’UE apporterait la paix tant en son sein et vis-à-vis de l’extérieur.

 

Liberté dont libre circulation

L’UE défendrait la liberté dont la libre circulation des biens et des personnes.

 

Démocratie

L’UE défendrait la démocratie.

 

Civilisation

C’est moi qui ajoute cela. L’UE c’est en Europe et serait donc un pôle de civilisation.

 

Prospérité

Là encore, je l’ajoute. Dans la vente de l’UE, il y a l’idée que c’est un moyen d’avoir de la prospérité.

 

Modèle sociale, justice économique

On parle souvent de modèle européen. L’idée serait que l’UE défende ce modèle, qu’elle protège du monde extérieur.

 

L’écologie, la protection de l’environnement

Je l’ai ajouté. C’est dans l’air du temps. Il est question de développement durable de protection de l’environnement et de la biodiversité. La liste est loin d’être claire. L’UE défendrait cela. A noter qu’il y a une confusion en France du fait du nom du parti « Europe -Ecologie - les verts ».

 

L’agriculture (PAC)

Je ne peux que l’ajouter. Pendant très longtemps cela a été le premier poste budgétaire et la seul implication concrète de l’Europe

 

La concurrence libre et non faussée.

En fait, là c’est plus un dogme qu’une promesse

 

Le multilinguisme

Le multilinguisme est une caractéristique européenne. L’UE le défend (dans ses institutions) et par le biais de la défense des langues minoritaires

 

Unité de position vis-à-vis de l’extérieur

Là, je pioche dans le préambule repris plus haut : « la responsabilité qui incombe à l'Europe de s'efforcer de parler toujours davantage d'une seule voix ».

 

Monnaie unique

Là encore, c’est plus un aléa de l’histoire, une décision qu’une promesse.

 

Droit de l’homme

C’est répété souvent. A noter qu’il y a une confusion avec cour européenne des droits de l’homme qui n’est pas lié à l’UE

http://www.strasbourg-europe.eu/cour-europeenne-des-droits-de-l-homme,41319,fr.html

 

 

Qu’en est il exactement ?

Paix intérieur/extérieur.

Voilà une idée fausse d’importance. L’UE n’a pas apporté la paix.

Tout d’abord il est faux de prétendre que l’Europe  a connu la paix depuis 1945 (décolonisation, guerres de Yougoslavie, Falkand)

Ensuite, si une guerre de type « seconde guerre mondiale » n’a pas eu lieu c’est plus du fait de la guerre froide (et on peut considérer que cette guerre a eu lieu), de l’OTAN et de l’équilibre des forces « est-ouest ».

On peut aussi considérer que France et Allemagne, exsangues, ont compris qu’elles étaient toutes les deux vaincues.

Pour détendre les tensions, je crois beaucoup plus aux vertus des compétitions de l’UEFA.

 

Liberté dont libre circulation

Sur ce point l’UE a plutôt rempli ses promesses. Il y a les limites du traité de Schengen. Je n’en connais pas les détails mais il semble que cette libre circulation ne soit pas tout à fait offerte à tous les citoyens de l’UE.

La libre installation est loin d’être achevée. Je pense aux reconnaissances de diplômes (médecins par exemple).

Je viens de lire un article qui s’étonne du faible taux de migration intra européenne. Mais il existe (outre la langue) de nombreux freins pour avoir une réelle mobilité.

Donc succès mitigé. En revanche, il ne me semble nécessaire de construire un truc aussi complexe que l’UE pour atteindre cet objectif.

Enfin, il y a la question de l’immigration provenant de l’extérieur. Sur ce sujet, il faut d’abord faire un choix puis l’appliquer. Or le processus d’élaboration d’un choix commun (ouvrir ou fermer, sur quels critères,…) ne fonctionne pas.

En définitive, c’est un succès partiel « hors de prix ».

 

Démocratie

Voilà une belle hypocrisie. Le seul moment où l’UE défend la démocratie c’est lors de l’adhésion. Dans son fonctionnement, l’UE est loin d’être un exemple.

Enfin, la plupart des pays n’ont pas besoin de l’UE pour faire de la démocratie.

Bref, c’est plutôt un échec.

 

Civilisation

C’est un sujet casse gueule. Existe-t-il ou non une civilisation européenne ?

A titre personnel (français), je me sens plus proche de l’Algérie où j’ai résidé une année que des pays baltes.

Est-ce à l’UE de défendre une telle chose ?

C’est discutable.

L’UE le fait-elle ?

Pas vraiment

Bref, c’est un « non sujet »

 

Prospérité

Voilà peut être le point d’achoppement principal. Pour de vrai, ceci ne constitue pas vraiment une promesse écrite dans les documents de l’UE. Mais c’était assurément une promesse pour faire passer l’UE.

Le moins que l’on puisse dire est que c’est un échec ou un mensonge.

En fait je penche plutôt pour le mensonge. En effet, c’est à chaque pays/ région/ citoyen d’œuvrer pour sa prospérité. L’UE n’a pas de responsabilité en la matière (cf objectif de la BCE). Mais alors, cela ne constitue pas une justification de l’UE.

 

Modèle sociale, justice économique

Le premier mensonge (ou approximation) est de dire qu’il y a un modèle sociale européen. En pratique, les conditions sociales diffèrent grandement.

Donc pour le défendre, il faudrait commencer par l’homogénéiser.

On peut donc dire que l’UE est innocente ici : elle ne peut pas défendre quelque chose qui n’existe pas.

Par contre, il est mensonger de dire qu’elle cherche à le faire. En pratique, c’est tout à fait secondaire.

Encore un flop !

 

L’écologie, la protection de l’environnement

Le sujet est tellement confus et tentaculaire qu’il est difficile à trancher. En pratique, il y a des actions pro environnements dans les différents pays et l’UE accompagne le mouvement.

Mais là encore, qui décide de ce qu’il faut faire ou non ?

Les centrales nucléaires par exemple sont des dangers mais sont des réponses aux problèmes d’émissions de gaz à effet de serre (qui sont sensées être le mal absolu).

En la matière, une approche européenne fait sens. Certains dossiers méritent une approche globale (à la limite le niveau européen est largement insuffisant pour les problèmes planétaires tels que soi disant les gaz à effet de serre).

Bref, réponse inadéquate du fait du problème de gouvernance.

 

L’agriculture (PAC)

Selon les points de vue on peut le ranger au rayon des succès (cela a permis de booster l’agriculture et de nourrir l’Europe suite aux problème des pénuries d’après guerre) ou un échec (c’est une source de gabegie -on indemnise la mise à la poubelle de production-, un protectionnisme néfaste –on  tue la production des pays du tiers mondes-, une source de pollution –agriculture productiviste-)

En tout cas, après une décision des gouvernants (peu nombreux à ce moment là), cela a conduit à la mise en place d’un mécanisme qui a globalement atteint ces objectifs.

En définitive, je le range parmi les rares réussites de l’UE. Je remettrais plutôt en cause le choix des dirigeants (français) qui ont poussé (trop loin) dans ce sens.

 

La concurrence libre et non faussée.

Je me demande si quelqu’un en Europe souhaite cela. En fait c’est plus une conséquence d’une coopération. Lorsque l’on se met à une table de jeu, on s’attend à ce que personne ne triche.

Mis à part quelques ratés, c’est plutôt une réussite (trop selon certains).

En fait, si l’on remet en cause cette idée, on remet en cause l’idée même de l’UE.

Bref, une réussite mais qui n’en fait pas un argument favorable (puisque c’est une condition d’existence).

 

Le multilinguisme

L’UE défend mollement le multilinguisme. En pratique, la langue qui compte est l’anglais.

Je suis partagé sur cet aspect.

Tout d’abord, les français peuvent difficilement demander que le français soit utilisé à l’étranger et nier l’utilisation des langues régionales en France.

Ensuite, dans le monde tel qu’il est, l’utilisation de l’anglais comme idiome de transmission globale est un fait incontournable (pour de nombreuses décennies encore).

 

Unité de position vis-à-vis de l’extérieur

Les intervenants publics se désolent fréquemment de la cacophonie européenne ou de son inexistence.

C’est donc un échec total en la matière.

Evidemment, dès lors que les 28 pays conservent une politique étrangère, il est illusoire qu’il puisse en être autrement. Par exemple, il n’existe pas de politique étrangère du New Jersey. Dit autrement, ceci ne peut être atteint que par une fédération européenne.

Est-ce que cette unité de la position de politique extérieur de l’UE est souhaitable ?

Je n’en suis pas convaincu.

 

Monnaie unique

L’Euro est là. Il n’est pas utilisé par tous.

Il est contrôlé par la BCE et en pratique l’Allemagne.

C’est devenu un paramètre externe. L’économie (et le gouvernement) française doit s’y adapter.

Bref, c’est plutôt une réussite (technique) de l’UE.

Le traité (dont celui validé par les français) l’a demandé.

Donc, pas de scandale en matière de décision.

Les personnes qui crachent sur l’Euro ne prennent pas leurs responsabilités..

On peut admettre que le passé n’est pas irrévocable et que la sortie de l’Euro soit possible. C’est un nouveau dossier avec avantages et inconvénients.

 

Droit de l’homme

La cour de justice européenne intervient en la matière. Je ne sais pas si l’UE le fait.

 

 

 

 

 

 

Autres idées fausses

 

Je pense notamment à Airbus/EADS. Ce regroupement d’industriel n’a rien à voir avec l’UE.

C’est même le type de projet visant à la constitution de champion européen qui est à l’opposé de la politique de l’UE.

Donc, si l’on on applaudit à la réussite d’Airbus, on est mécaniquement contre l’UE.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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