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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 15:41

Les différentes interventions actuelles sur la transition énergétique m’agacent. Cette arlésienne est considérée comme le « graal » : ce serait la solution à tous nos maux. Le concept est particulièrement flou (et quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup) et surtout, j’en entends parler depuis une bonne dizaine d’année sans rien voir venir.

 

Qu’en est il donc ?

 

Je commencerai par remarquer que l’Humanité a déjà connu des transitions énergétiques.

 

Il y a celle du XIXème siècle (approximativement) qui a fait passer de l’énergie animale (+ humaine + éolien + hydraulique + bois) au charbon. Cela a surtout concerné le monde occidental (et toute la population n’en a pas bénéficié au même niveau). Elle est à la base de la « première » révolution industrielle. Cela concerne les transports (chemin de fer et bateau à vapeur), le chauffage (au charbon), la construction (acier), et accessoirement l’éclairage (électricité venant en partie du charbon).

Dans le détail, cela n’est pas si net car le charbon était déjà utilisé avant et les autres énergies ont continué à l’être après (et à croitre par exemple pour l’hydraulique). Mais il apparait clairement qu’il y a eu un boom de l’énergie disponible (en valeur absolue et en J/habitant) et que cela a été possible grâce à l’accroissement de l’utilisation du charbon.

 

Si l’on remonte le temps, on peut aussi évoquer une transition lors de la domestication animale (cheval, âne et bœuf surtout)  voire lors des avancées technologiques (voilier, moulin à eau, moulin à vent). C’est plus diffus dans le temps et l’espace.

 

Une seconde transition a eu lieu au milieu du XXème siècle (après-guerre en France) qui a fait passer au pétrole (et accessoire au gaz). La transformation industrielle est moins quantitative que qualitative. En pratique, c’est surtout l’essor de l’automobile individuelle (et aussi de l’avion). Chauffage et éclairage sont encore moins chers et les appareils électriques apparaissent.

 

J’ai connu, comme les gens de ma génération, une troisième transition qui a eu lieu en France aux alentours des années 70. Elle a été motivée par les chocs pétroliers et la dépendance énergétique. Les différents pays du monde n’y ont pas répondu de la même façon, mais en France cela a été une véritable transition. Les changements sont les économies d’énergie (limitation de la vitesse, isolation des bâtiments, amélioration des processus industriels) et le passage à l’électricité d’origine nucléaire (en place du fuel et du charbon). Malgré les avis des pisse-froids, cela a été un succès. Aujourd’hui, nous sommes (en France) sur cette base.

 

Alors que serait une nouvelle transition énergétique en France ou dans le monde ?

 

Commençons par la France.

Il est question de nouvelles économies d’énergie. Cela est sans doute possible, mais l’avancée principale a déjà eu lieu. Par exemple, les voitures sont passés d’une consommation moyenne de 14 l/100km à environ 7. Les progrès laissent entrevoir des gains pour aller vers 3 l/100km.

En ce qui concerne les isolations thermiques, le parc des bâtiments n’est plus dans la situation des années 70. Des décennies de travaux d’isolation appuyés à coup de réduction d’impôt d’une part et la construction de millions de logement respectant des normes de base d’autre part sont passés par là. Je suis assez sceptique sur la réalité des gains liés à la mise en œuvre de normes HQE. Par exemple, lorsque que l’on a un double vitrage, quel gain apporte un triple vitrage ? Surtout lorsque l’on met en œuvre un VMC simple flux qui rejette consciencieusement à l’extérieur l’air chaud intérieur que l’on a soigneusement isolé.

Bref, ce volet « économies d’énergie » me donnent l’impression de revenir en arrière.

Il est aussi question de la voiture électrique. Je précise que je parle de voiture électrique et non de voiture hybride. En effet un moteur hybride n’est que le raffinement d’un moteur thermique de façon conférer à celui-ci une efficacité moyenne plus importante et n’a donc rien d’une transition. Une voiture électrique est par contre un changement important. Là aussi, on revient dans le passé puisque la première voiture à avoir dépassé 100km/h était une voiture électrique. Si l’Histoire de l’automobile a abandonné cette filière c’est bien parce qu’elle n’était pas efficace. Et les caractéristiques des modèles actuelles (malgré un vingtaine d’années de développement) montrent bien que le système n’est pas performant. Il faut encore ajouter que l’électricité n’est qu’une forme d’énergie intermédiaire et que la voiture électrique n’est qu’un aspect de la question : quelle serait la source d’énergie ?

Je crois comprendre que la transition énergétique s’applique aussi au nucléaire (cela n’est pas clair). Si c’est le cas, il faut donc trouver une solution pour à la fois fournir le surplus d’énergie demandée par les nouveaux besoins (par exemple voiture électrique) et pour compenser la diminution de la production d’électricité d’origine nucléaire. Que serait-ce ?

On évoque l’éolien. Là, la technologie est mûre et le système réellement compétitif. J’ai fait un calcul il y a quelques années. La transition (totale) demande la construction d’environ 25 millions de grosses éoliennes ainsi que le dimensionnement adéquat du réseau électrique. Je n’écris pas cela pour réfuter l’idée : cela me semble dans le domaine du possible. J’écris cela pour signifier l’enjeu. Ce n’est pas la mise en œuvre de quelques centaines d’éoliennes par an qui répondra au problème. C’est bien cet absence d’éléments chiffrés qui me navre dans le « débat » sur ce sujet.

On évoque le solaire. En l’occurrence, en France métropolitaine, c’est une impasse. L’éolienne photovoltaïque ou thermique ne répond pas au besoin. Etant donné le besoin d’investissement dans l’éolien, il faut trancher et supprimer le gouffre de subvention qu’il représente.

On évoque la géothermie. C’est une source d’énergie réelle, mais couteuse et pas si durable que cela. C’est une solution de niche.

On évoque les différentes formes de biomasse (bois, déchet, biogaz, bio carburant,…). Ceci est acceptable à condition de ne pas pénaliser la production alimentaire et faire monter les prix. Il y aurait là une source de revenu pour le monde agricole. Malgré tout, cela ne répond au besoin global (ce n’est pas pour rien si la révolution industrielle a fait passer du bois au charbon et que les forêts européennes ont pu s’accroitre après cela).

Bizarrement personne n’évoque l’hydraulique (mise à part les vagues ou les marées). L’hydraulique marin doit faire face aux conditions maritimes (corrosion) et cela n’est pas prometteur. L’hydraulique d’eau douce est déjà bien installé en France, il n’y a plus beaucoup de site. Je suppose que si les écologistes ne le proposent pas, c’est parce que les barrages font face à des oppositions (dont des oppositions écologistes).

 

Ce dernier point me semble d’ailleurs être une constante. Toute les « idées en l’air » sont bonnes pour les écologistes mais leur mise en œuvre ne va pas parce que cela « salit ». Bienvenu dans le monde réel

 

Si je dresse le bilan de la transition énergétique pour la France, il y a donc beaucoup de parole et peut de résultat concret : du vent quoi !

Cela tombe bien, car selon moi, la transition énergétique raisonnable que doit connaitre la France est la suivante :

  • Installation d’un parc éolien conséquent (de l’ordre du million d’unité).

  • Conservation du parc électronucléaire.

  • Installation d’unité de conversion électricité – combustible (H2 ou CH4) – technologie à développer

  • Mutation des besoins (transport, chauffage,…) pour consommer ce combustible ou l’électricité

 

Et en Europe ?

 

Je ne me sens pas légitime ni compétent pour approfondir. Il est clair que les situations, les contraintes et les intérêts des européens sont divergents. Il ne faut pas s’étonner qu’il n’existe pas de politique européenne de l’énergie.

Le projet qui pourrait faire consensus est un projet de réseau électrique européen. Cela permettrait de faire transiter l’électricité à travers le continent (voire l’Afrique du nord) afin d’acheminer l’énergie vers ses consommateurs et afin de faire face au caractère intermittent de l’énergie éolienne.

 

Et dans le reste du monde ?

Là, ce sera seulement quelques vœux pieux.

Tout d’abord que les plus gros consommateurs (par habitant), c’est-à-dire les USA et dans une moindre mesure les européens consomment moins (volet économie).

Ensuite, il faut bien admettre pour des raisons d’équité que le reste du monde aura une consommation (par habitant) croissant tendant vers les standards occidentaux (avec des variations tenant compte des conditions climatiques : on a moins besoin de chauffage sous les tropiques !).

Il serait aussi souhaitable que les énergies carbonées fossiles soient moins consommées (en valeur absolue) de façon à les faire durer plus longtemps.

L’énergie nucléaire devrait être admise. Les filières au thorium nécessitant moins d’enrichissement devraient être réellement explorées.

La fusion nucléaire me semble inexploitable avant très très longtemps.

Les énergies de niche (biomasse, géothermie, solaire photovoltaïque, chauffages individuelles solaires) devraient être facilitées

Des centrales solaires thermiques (par convection) devraient être construites dans les déserts chauds.

Les principaux sites hydrauliques devraient être équipés.

La Terre devrait se couvrir d’éolienne.

 

 

Voilà une mise au point d’un sujet très flou. Si certains veulent vraiment une transition énergétique, il est largement temps d’en donner une description précisée, chiffrée et scénario.

 

 

 

 

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commentaires

thidgr 30/10/2014 13:50


Un article sur le sujet (beau schéma)


http://caderange.canalblog.com/archives/2014/10/27/30823914.html

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