Si vous cherchez la vérité, allez croire ailleurs !
La série documentaire sur Arte portant sur la guerre de sécession américaine a été l’occasion de découvrir cette période méconnue (pour un français). Il y a plusieurs points que je commenterais.
Tout d’abord, j’ai appris que « l’espoir » de la confédération reposait en une intervention étrangère (Royaume uni ou France en l’occurrence). C’est une grande constance dans l’histoire ces « ingérences étrangères ». On peut citer les guerres imposés par les monarchies européennes à la révolution française et qui ont conduits à la radicalisation et à autant de violence (et in fine à la défaite de la révolution).
Cet « espoir » m’a surpris au premier abord. Mais en y réfléchissant il n’était peut être pas infondé. On peut se demander pourquoi ces « puissances » ne sont pas intervenues. Si elles l’avaient fait, elles auraient sans doute pu faire accepter cette sécession et il y aurait eu 2 fédérations d’états américains. Il est évidemment présomptueux de réécrire l’Histoire mais alors les USA ne seraient pas aujourd’hui la première puissance du monde. Si l’on revient à un cadre français, il est douteux que cela aurait empêché la déroute de 1870, et l’intervention américaine de 1917 et 1943 n’auraient sans doute pas eu lieu. Bref on vivrait dans un tout autre monde.
Je viens d’écrire que cela n’aurait pas empêché la déroute de 1870, cela est peut être à nuancer. En effet, si un corps expéditionnaire français d’alors avait participé à la guerre, il aurait beaucoup appris (notamment les officiers, y compris et surtout les officiers généraux) sur la « guerre moderne » face à une armée « moderne ». En conséquence, la « surprise » de 1870 aurait pu ne pas avoir lieu. (J’ouvre une parenthèse ici pour exprimer une opinion sur le faible niveau de compétence moyen des officiers de l’armée française au cours du siècle 1860 -1960) (Autre parenthèse pour souligner la difficulté du monde militaire à se préparer. L’entrainement et la simulation est une chose mais la réalité des combats est toujours différentes. La participation à des combats est toujours un plus : mais il est difficile de provoquer des combats pour s’aguerrir. A titre d’illustration je renvoi à l’article http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2009/03/sur-les-plages.html. Il fait état du constat que les officiers français ne sont pas « mis sur le terrain »).
La confédération était esclavagiste et en cela elle était dans l’erreur sur tous les plans (moral bien sûr, mais aussi historique, économique, philosophique et politique). Les puissances avaient déjà aboli l’esclavage. Cela constituait une divergence majeure. Pour autant, l’Histoire regorge d’exemples où les états s’allient avec d’autres qui sont fortement opposés à leur conception de la conduite des affaires (la IIIème république française et l’empire russe par exemple). Donc cette raison ne me semble pas être la principale.
En fait, l’appel aux puissances étrangères pose le problème de l’identification de ces puissances. J’en ai cité 2. Mais en 1860, il y a aussi les états allemands. Il existe aussi une rivalité franco britannique. Qui serait intervenu ? Il y avait peu de chance que les puissances interviennent de concert. Il s’ensuivait donc le risque de transférer le conflit en Europe. Royaume uni et France n’on pas vu alors leur intérêt commun de miner la croissance des USA. C’était le moment ou jamais.
La confédération esclavagiste était donc « dans le mauvais camp ». Il faut quand même reconnaître que sur bien d’autres points (le courage, la motivation, l’efficacité,…), ils n’étaient pas forcément du « mauvais coté ». Il me semble que cela vaut le coup de s’arrêter sur la notion du « droit des états au sein d’une confédération ». L’issue de la guerre a conduit à une réduction de ces droits aux états unis d’Amérique. Le pouvoir fédéral a été renforcé. Tout cela s’est effectué au détriment d’une « bonne gestion locale » et de la démocratie. Qui plus est, il parait maintenant impossible à un ou plusieurs des états américains d’envisager une sortie de l’union. Cette situation américaine est une « expérimentation grandeur nature ». Si je reviens à notre cadre européen, ces questions et ces savoirs me semblent indispensables pour poser le problème.
- Comment situe-t-on l’union européenne par rapport à la fédération US ?
- Quelle marge de manœuvre laisse-t-on aux états ?
- Comment se passerait la « sortie d’un état » de l’union ?
- Comment palier au déficit démocratique des fédérations ?
Il est démontré que le traité de constitution européenne ne répondait pas à ces questions, que les élites de la convention qui ont pondu ce traité n’ont pas de vision sur ces questions. Pour ceux qui rêvent d’une fédération européenne, je les invite à tenter de répondre à ces interrogations.