Si vous cherchez la vérité, allez croire ailleurs !
L’affaire de la grippe mexicaine est une illustration grandeur nature d’un axe d’approche de la notion de « vérité ». Elle présente plusieurs dimensions : la communication, le vocabulaire, la perception du risque, l’action.
En terme de vocabulaire, il se pose tout bonnement le problème de la « qualification » du phénomène. S’agit-il de « grippe mexicaine », de « grippe porcine », de H1N1, de grippe A ? La difficulté à nommer les choses est un indice inquiétant. Le sujet est-il cerné ? Pour ce genre de dossier, j’aurai tendance à préférer un identifiant « non significatif » du genre H1N1-2009.
En terme de communication, la première question est faut-il en parler ou non ? Il semble que la réponse va de soi « il faut en parler ». La seconde question porte sur le « volume de communication ». Là, la réponse est moins tranchée. D’autre part, cette question s’adresse tant aux « autorité » (et surtout les autorités sanitaires = ceux qui ont l’information) mais surtout aux médias. Il est assez surréaliste de voir un éditorial du monde se demander si les autorités en ont « trop faits ». On s’attend à ce que les autorités fournissent « toute l’information disponible ». Par contre les médias font des choix éditoriaux et sont maitre de la quantité d’espace allouée à cette information.
Surtout c’est la « qualité » de cette information qui pêche. Cela aurait été l’occasion d’éduquer la population aux concepts de risque. Evidemment, ce n’est pas là quelque chose de simple. Pourtant, si l’on veut que l’information ait un sens dans ce genre d’affaire, la mise en perspective du risque est indispensable. C’est là que la « réalité » est rendue le plus fidèlement par des statistiques froides et inhumaine, à l’opposée de l’émotion suscitée par la présentation de quelques cas particuliers.
Evidemment, pour un proche, le décès d’une seul personne est une affaire énorme, injuste, inexplicable, intolérable. On voudrait que cela ne soit pas arrivé et que les « autorités » l’aient empêché.
Pourtant, tout le monde vit en permanence avec des risques. Ces risques ne sont pas des vues de l’esprit puisqu’ils tuent des dizaines de millions de personnes dans le monde chaque année. Cette grippe n’est qu’un risque de plus. Ce qui compte c’est son « niveau de gravité ». Cela porte sur sa capacité de transmission (le nombre de personnes touchées), sa virulence (durée de la maladie et gravité, probabilité de décès) et l’importance des soins nécessaires. C’est cette information là qui était essentielle. Malheureusement, ce genre d’information ne s’obtient qu’avec du recul, donc en déphasage total avec le rythme médiatique. D’autre part, il manque un échelle de graduation de ce « niveau de gravité » permettant de comparer (par exemple et sans prétention d’exactitude, 9 pour la peste noire ou la grippe espagnole, 4 pour la grippe de 68, 1 pour la grippe commune annuelle). Ceci se traduit par une abaque de calcul déterministe et objective. Tout le contraire de nos « informations » !
Il reste enfin la question de l’action. Qui doit faire quoi ? On peut supposer que les services sanitaires connaissent leur métier et que grippe ou pas, ils le font. Evidemment, un supplément de moyen de ne fait jamais de mal. Les autorités sont prises dans les filet du principe de précaution. C’est ce qui conduit à envisager l’arrêt des vols vers le Mexique. Enfin, le « malade potentiel », que doit il faire ? C’est là que l’information aurait pu se traduire par des conseils concrets et pratique (comment reconnaître, quel médicament prendre,…).
Bref, là encore le « système médiatique » a foiré.