Si vous cherchez la vérité, allez croire ailleurs !
Il y a des moments où un groupe de personne agissant ensemble, « de concert » parviennent à un « surpassement ». C'est-à-dire que la collectivité formée vaut plus que la somme des individualités. Autrement dit 1 + 1 = 3.
Cela se retrouve dans des situations variées ; les couples, les équipes de sport, d’artistes, des clubs, des entreprises. Cela reste rare, et cela ne dure généralement pas. Ce sont des moments privilégiés, un « sentiment de grâce » émerge.
Les questions que l’on peut se poser sont les suivantes :
- Que veut dire 1 + 1 =3 ?
- Que faut-il pour parvenir à cette situation ?
- Est-ce que c’est une situation à rechercher ?
Lorsque l’on regroupe n individus sans précautions particulières, généralement il « y a de la perte ». Les individus sont différents, ils se comprennent mal, ils ont des objectifs ou des motivations différentes. Ils peuvent s’affronter, ou bien s’autolimiter, se brider. Bref c’est pas terrible.
Un premier mécanisme positif provient de la notion d’échange. Ces n individus peuvent échanger des biens, des services, de l’information. Ils peuvent apprendre les uns des autres. Toutefois, les échanges, ce sont parfois des échanges de coups. D’autre part, le fait d’avoir circonscrit ce groupe de n individus n’intervient. Cette caractéristique provient de la nature humaine : l’homme est un animal social.
Il semble nécessaire que ce groupe partage, de façon plus ou moins consciente, un objectif commun (ou à défaut une direction commune). C’est d’ailleurs cet objectif qui sera l’étalon de l’équation 1+1 =3. Cela veut dire que ces n individus fournissent collectivement un apport supérieur à n efforts individuels. Cela, c’est déjà bien, mais ce n’est pas la situation décrite, cela découle par exemple d’une organisation efficace (taylorisme). Le surpassement dont il est question ici va plus loin : il signifie que l’apport de chacun des individus est supérieur à celui qu’il produirait s’il n’y avait pas surpassement. Cela veut dire par exemple, qu’il n’y a pas exploitation de quelques uns ni qu’un petit groupe « siphonne » les autres.
L’une des contraintes forte pour ce genre de situation est la taille du groupe. Il est déjà vrai que l’efficacité générale (en production par personne) d’une organisation tend à décroître avec l’augmentation de l’organisation. Mais cette situation de surpassement est telle qu’elle signifie l’implication intime de chacun. Cela ne peut pas arriver avec de gros effectifs. La centaine est inimaginable, la dizaine improbable, cette situation dépasse rarement 5 personnes.
Le fait que « chacun se surpasse » signifie que chacun est impliqué profondément est fait appel à une large panoplie de ses ressources : il n’est pas qu’un simple exécutant.
Objectif commune, implication, autonomie, confiance, Profondes compréhensions,… Voici quelques uns de moyens pour atteindre cette situation. Ces gens n’ont pas besoin de faire de longues réunions, ils se comprennent à demi mot. Ils n’ont pas être « motivés », ils le sont. Ils n’ont pas à être récompensés, leur action et leur récompense.
C’est une situation de complicité intense, de fraternité avec des airs de paradis perdu. Pour autant, est-ce vraiment souhaitable ?
Cette situation implique nécessairement une certaine illusion, un manque de lucidité, une vue à court terme. Je crois que cela ressemble à l’état amoureux.
Cela ne dure pas. Cela ne veut pas dire que cela doit se terminer mal. Malgré la chanson, les histoires d’amour ne finissent pas nécessairement mal. Mais la « réalité » revient fatalement, la lucidité. Les intérêts propres se mettent à diverger. La cohésion du groupe se fracture. Il faut déchoir : se remettre à s’expliquer, à préciser les choses, les rôles, les objectifs, les récompenses. Ce retour sur Terre peut être vécu douloureusement.
Pour autant, est-ce que la perspective d’un inconfort doit interdire de vivre des moments d’exception ?